mercredi 17 décembre 2025

« Le monde comme Volonté et Représentation »

Le titre est entre guillemets n'est pas un hasard. Ce n'est pas une tentative de plagiat, mais une marque d'admiration que je porte à ces grands penseurs, en l'occurrence ici à Arthur Schopenhauer, auteur est-il de l'œuvre philosophique en question.

J'ai toujours plaisir à revisiter et tenter mon analyse de ces grands questionnements philosophiques sous l'angle de notre société actuelle

« Le monde comme volonté et représentation », une phrase puissante et combien pertinente avec tout ce qui se passe du côté de notre voisin du sud, l'Oncle Sam.

Au moment de "Vouloir" (hum...je suis pris au piège) me lancer dans un nouveau billet suite à la production de mes deux dernières pièces musicales ((De l'autre côté du jour et Jaroder), aux antipodes il faut le dire, je n'arrivais pas à me décider sur deux titres de billets triturés et en forme de contradiction:

La vie est merveilleuse parce qu'elle est futile;

ou

La vie est absurde, mais combien nécessaire.

J'ai donc opté simplement pour le titre de l'œuvre du philosophe qui m'a récemment bousculé et qui soulève cette question du caractère futile et absurde de la vie sous la proposition que cette caractéristique est essentielle pour cheminer vers le bonheur. (Ouin, pas sûr que je viens de gagner des "Followers" avec cette proposition!) 

Si vous êtes de ceux qui ont effleurés que les dessus du philosophe, je comprends que vous vous dites: "Avec Schopenhauer, on ne prévoyait pas être dans la joie et l'allégresse". Mais vous allez peut-être être surpris à la fin votre lecture.

N'empêche qu'on le veuille ou pas, avec ce qui se passe au pays de l'Oncle Sam, on ne peut pas dire qu'on vit aujourd'hui dans une bulle d'extase, de positivisme, de cohérence et d'intelligence. Il y a donc là matière à exploration si vous êtes pris avec la même malencontreuse manie que moi, soit d'essayer de comprendre ce qui se cache derrière l'absurdité. 

Nous voilà face à une inquiétante démonstration du danger de l'humain pour l'humain. Une perte de contrôle de la conscience humaine, et le mot "conscience" est à propos ici dans le contexte de Schopenhauer. Et pour en remettre, le tout avec une absence complète d'interventions minimales collectives de recadrement de cette dérive totale de société. Comme si le patient ne répondait plus, le "blackout" psychologique le plus complet. Plus de signal, il ne fait que subir. 

La démonstration est désarmante: "Homo homini lupus est", l'homme est un loup pour l'homme, l'homme est son propre ennemi. Et pourtant ce même homme est tellement capable de merveilleuses choses.

Faut-il être surpris de la dérive? Pas vraiment.

L'éclairage de Schopenhauer sur la question est fascinant et prendre ses lorgnettes pour trouver quelques bribes d'explications s'avère fort utile. Tout est dans ces deux mots simples "Volonté" et "Représentation", inoffensifs à première vue, mais avec un poids de sens qui déplacera votre centre de gravité intellectuel pour certains d'entre vous.

D'abord, convertissons "Volonté" pour "Vouloir", car c'est le sens profond que le philosophe cible et c'est également le sens qui permet de mieux s'accoler à la réalité actuelle de notre société. Le Vouloir, c'est le monde de pulsion brute et inexpliquée. La force vitale qui s'exprime dans tout: les plantes, les animaux, dans la force de gravité, dans tout ce qui habite et constitue la vie.

Pour "Représentation", entendez simplement la notion "d'Intellect", notre esprit cartésien et analytique. Ce qui structure les idées et explique les choses. La pensée scientifique en est probablement l'exemple le plus achevé. 

Dans cette perspective de tension naturelle entre le Vouloir et l'Intellect, la proposition et regard  de Schopenhauer sur l'évolution de l'homme, c'est que l'Intellect n'est rien par rapport au Vouloir comme moteur premier du comportement de l'homme. L'Intellect est petit et limité fasse à l'immensité de la vie, du Vouloir. 

L'Intellect c'est la pointe du Iceberg par rapport au Vouloir qui compose sa masse sous l'eau. L'intellect n'est que l'outil utilisé par l'Homo Sapiens pour construire des Représentations, des Représentations de la vie qui l'entour, dans laquelle il trempe tous les jours. Pour forger des explications pour se conforter un peu chaque jour.

Bref, l'homme est massivement et d'abord un "Vouloir" coiffé d'un minuscule "Intellect".

Dans cette vision d'abord de pulsion avant d'être penseur, on peut arriver à mieux comprendre ses comportements erratiques et illogiques. Pour bien mesurer mes mots et m'inscrire dans ce que je dis, on peut arriver à se faire une Représentation du comportement de l'homme qui nous est confortable en tant qu'explicable par notre Intellect (le chien se mord la queue ici!), mais cette Représentation est non nécessairement justifiable.

Voilà le nouvel univers philosophique déroutant que Schopenhauer a ouvert son époque et qu'il a transmis à une liste impressionnante de grands personnages qui ont marqué l'évolution de l'homme et ce, dans tous les domaines: les philosophes Nietzsches et Marx qui l'ont suivi, et sans surprise Sartre en pensant à sa "Nausée", le compositeur Wagner, l'écrivain Tolstoï, la liste est longue et, non le moindre, Freud qui en a fait finalement une version scientifique sous la forme de la science de la "Psychologie".

Et voilà le pont: Freud et l'inconscient. Le Vouloir de Schopenhauer, c'est la pulsion inconsciente de l'homme, la matière première de la science de Freud. C'est la dynamique des cerveaux reptilien et limbique de la théorie du cerveau triunique. C'est la dissonance cognitive et le biais de confirmation, c'est le phénomène de Dunning-Kruger et voilà peu à peu, on y arrive à notre Oncle Sam.

Notre Oncle Sam qui est l'expression la plus évidente jamais observée de la pulsion brute du pouvoir, de la Volonté de domination au-delà de la logique, au-delà des lois comme règles sociales établis entre humains, au-delà même de la dignité humaine.

Bien qu'il en soit un exemple pitoyable, notre Oncle Sam est en même temps une fantastique preuve expérimentale que Schopenhauer a vu juste au fait que l'homme n'est que pulsion  et représente un grand péril potentiel pour l'homme. Et ce, parce que son Intellect limité est rarement en mesure de maitriser et de canaliser la force brute de son Vouloir dans la bonne direction.

Comme il est extrêmement difficile pour l'Homo Sapiens de contrôler et de recadrer constamment des pulsions brutes qui s'expriment sans crier gare, Schopenhauer propose de se libérer de l'expression de ses pulsions, de se libérer des désirs, des remords et de ce fameux ego pour cheminer vers la sérénité. 

Attention, être serein et en paix avec soi-même ne veut pas dire être inactif et non investi dans le changement des choses, de la société. Bien au contraire. Il s'agit de se placer au-dessus de la mêlée pour mieux gérer le jeu, éviter les écueils, descendre la rivière en évitant les roches et les bûches. Pour modifier le jeu en jouant le jeu sans devenir le jeu. Bref, pour atteindre le bien être collectif de l'espèce et non celui d'un ego limité. 

Je mentionnais au départ que Schopenhauer était probablement à tord associé trop souvent à une pensée "pessimiste". En fait, lorsqu'Arthur s'activait à mettre le Vouloir et l'absurdité de la vie au premier plan, c'est finalement dans une recherche de stratégie pour s'en extirper et ses enseignements pour atteindre la béatitude et la sérénité peuvent être tout aussi puissants, et positifs, que ses explications claires de la raison d'être des comportements potentiellement destructeur de l'homme.

En suivant sa ligne de pensée, c'est le Vouloir qui pousse constamment l'intellect à donner du sens, à expliquer, à tenter de donner du sens finalement à ce qui en n'a pas, donner du sens trop souvent à de l'absurdité. 

C'est l'adversité de la vie et sa fin, dans la mort, qui la rend combien futile et absurde. C'est la mort, l'incontournable fatidique qui nous attends tous (pour le moment en attendant de se télécharger notre conscience sur un serveur quantique) qui hante l'esprit et l'intellect de l'Homo Sapiens. C'est la pensée de la mort qui nourri malheureusement les pulsions du Vouloir, mais c'est aussi la mort qui peut être moteur de sa libération. "Philosopher c'est apprendre à mourir" disait Montaigne.

Comme le sujet est très sensible, il ne faudrait pas qu'il y ait de mauvaises interprétations de la mort comme pivot de la libération ou de la connaissance. La mort provoquée est en profonde contradiction avec la pensée philosophique développée ici. Comme le disais Spinoza : "Quand on meurt trop tôt, on meurt beaucoup". C'est la sagesse d'une longue vie bien vécue qui nous permet de cheminer positivement et serein vers le passage ultime.

Toutefois les questions demeurent: Pourquoi existe-t-elle, la mort? À quoi sert-elle? Des questions épuisantes pour un pauvre Intellect limité. Pour plusieurs, sans explication suffisante, il ne reste plus qu'à s'abandonner au Vouloir, aux pulsions  et à choisir son biais de confirmation préféré:

  • On devient religieux et on souffre aujourd'hui pour jouir plus tard de la vie éternelle!
  • On devient mercantile et profiteur, car il n'y pas de lendemain et que la vie est futile. Pensons à Machiavel : la fin justifie les moyens.  Pourquoi se limiter?
  • On devient scientifique pour expliquer les choses. Vouloir transcender la mort peut-être, le but ultime? Bref, pour réduire notre douleur à ne pas pouvoir donner et trouver un sens à notre vie éphémère. 

Avec un peu de recul, on peut donc assez facilement voir et palper la tendance à l'explosivité qui nous guette tous les jours. D'un côté, des fanatismes religieux, de l'autre des fanatismes économiques, dans les deux cas une course au pouvoir, une course à une plus grande manifestation de l'ego possible. Seule le motif diffère.

Pour ceux qui chercherais quelques alternatives pour vivre heureux ici et maintenant, Schopenhauer propose une piste de travail qui mérite qu'on s'y attarde: Se détacher de la nécessité de donner du sens, se détacher de la pulsion d'un ego limité à Vouloir tout dominer et tout expliquer au nom de sa perpétuité.

Au passage, notez le corolaire important de la pensée de Schopenhauer ? Pour lui la religion et la science ne sont donc que la même expression d'un intellect limité et désemparé. Un intellect qui sans réponse, doit en trouver absolument une pour éviter de sombrer dans la folie. "L'absence de sens génère le sens".

La vie éternelle n'est qu'une Représentation nécessaire de l'ego de l'homme, une illusion réconfortante mais très narcissique. 

Et de leur côté, aussi belles, intéressantes et utiles que soient les explications scientifiques sur tous les phénomènes d'intérêt, la science navigue constamment en eau trouble et dans les sables mouvant. La science n'arrive jamais à trouver le fond. Un effet est le résultat d'une cause qui est elle même le résultat d'une autre cause et ainsi de suite jusqu'à la cause première, elle...n'aurait pas de cause? Le principe de causalité en prend pour son rhume. La problématique est connue des philosophes depuis fort longtemps. 

Finalement, l'homme est comme le pléonasme d'un ego narcissique d'une expression de la vie qui a mal tournée: Je suis tellement important moi "Homo Sapiens" que moi "individu" je ne peut pas vivre et mourir pour rien. Donc il y a une raison et je vais en trouver une.

Si l'individu meurt, l'espèce et la vie ne meurt pas. C'est donc dans le détachement de son ego, de l'individualité, et dans notre intrication avec la collectivité qu'il faut trouver la piste de travail vers le bonheur, pour extraire le mal-être de notre vie. Ce n'est donc pas un hasard si Schopenhauer s'est progressivement rapproché du bouddhisme centré sur le détachement des Représentations matérielles et des pulsions comme les désirs.

Schopenhauer a donc porté une attention particulière et travaillé concrètement à la question du bonheur. Par exemple, dans son œuvre "L'art d'être heureux: à travers cinquante règles de vie.".

Le projet est donc de libérer nos énergies des aspects futiles de la vie pour centrer, dédier et diriger cette énergie pour s'inscrire dans le grand courant de la vie, la grande rivière qui coule et qui n'arrêtera pas de couler, qu'il y ait ou non extinction de la race humaine.

Pour reprendre une superbe citation qui, s'il n'en est pas l'auteur, est certainement dans l'esprit du grand philosophe Spinoza : "Le présent, débarrassé des regrets et des remords du passé, et des espoirs et des désirs du futur, se confond avec un moment d'éternité."

Je vous souhaites donc à tous de vivre des successions de moments d'éternité à répétition dans un avenir rapproché.

samedi 23 novembre 2024

Péril d'une vie artificielle face à une intelligence réelle

 Avez-vous vu la série de films "La Matrice" (The Matrix)?

Et si oui,  avez-vous eu l'occasion de visionner les "Prequels" animés les "Animaterix"? Sinon le détour en vaut la chandelle! Une œuvre à saveur de prophétie.

Mais après tout ce n'est qu'un film. Un simple divertissement, une vision de l'esprit de créateurs amateurs de dystopie, mais aussi d'espoir il faut le dire.

À l'ère de la physique quantique dans laquelle tout est partout et nul part en même temps, le passé peut-il se mêler au présent et se conjuguer au futur? 

À l'ère de la désinformation, le faux se mêle au vrai, l'artificiel devient la graine et le générateur du réel. Il suffit de ficeler un argumentaire minimalement et de le répéter suffisamment à des gens qui ne peuvent en comprendre le fondement et voilà, la dissonance cognitive et le biais de confirmation s'empare de la chose et transforme le tout en réalité.

Tout ce que nous percevons n'est que le fruit de nos représentations, l'impression de nos sens, rien d'autre. Qui peut "réellement" saisir le réel à part que de constater sa seule et propre interprétation?

Comme les conclusions de plusieurs grands philosophes qui ont travaillé le sujet, pour une majorité de choses qui nous entourent, la chose en soi n'existe pas en dehors de notre représentation. Elle existe que par notre de subjectivisation du sujet.

Cette brève perspective pour rappeler que nous sommes des organismes biologiques bien limités en moyen pour se venter autant d'être le summum de la création. La retenue devrait être plus souvent de mise, mais que voulez-vous, le principe de la sélection naturelle est ancré profondément  dans nos gênes. S'il y a occasion d'être le plus fort, nous la saisissons par nature, que la chose soit bien ou mal pour notre futur.

S'il y a possibilité d'améliorer notre confort, donc nos probabilités de perpétuation et de survie de l'espèce, cette possibilité sera assurément exploitée. C'est dans notre ADN biologique. Oui, sous le couvert d'une humanité plus équitable, d'où est sorti les droits de l'homme, l'humanisme a semé la graine de notre perte en devenir. 

En plaçant l'homme au centre de la réalité (de sa réalité limitée), il a décidé de se flatter l'ego au point qu'avec sa nature propre d'inventeur d'outils et de nouveaux moyens pour facilité sa survie, il a perdu le repère des limites qu'il devait se donner pour s'assurer de demeurer maitre à bord, maitre face aux possibilités de son imagination.

Plusieurs associent cette fabuleuse possibilité de créer et d'innover à la différence fondamentale de l'homme vis-à-vis ses autres collègues du règle animal. Dans la perspective, bien sûr, de la quantité et du raffinement des outils que l'homo sapiens a inventé et continu d'inventer sur son périlleux parcours de survie.  

Mais voilà, sans limite, sans retenue réfléchie, aussi exceptionnelle soit l'évolution biologique que nous représentons, aussi dangereux sommes nous pour nous même. L'homme est son propre ennemi comme dit le proverbe. 

Dans les faits, nous avons déjà ou nous sommes sur le point de dépasser notre capacité à gérer et contrôler le fruit de nos créations. Le plus bel exemple à nos portes est évidemment les prouesses de l'Intelligence Artificielle (IA) qui gagnent en vitesse et en exceptionnalité. Au point de faire peur à nos plus grands scientifiques actuels avec le fameux point de singularité

Mais comment garder toute explication simple vis à vis l'ampleur des enjeux qui se présentent pour l'homo sapiens sans paraître fumiste, alarmiste ou polémiste. Au fond les défenseurs de l'IA demeurent convaincu de la possibilité de contrôle et de maitrise de la bête en tout temps. 

Pour revenir à ma référence au film "La Matrice", la première règle à inculquer et à programmer à cette IA, le paramètre frontière qu'elle ne doit pas dépasser, est assez simple, c'est le classique: "En aucun temps tes actions (Robot / IA) ne doivent menacer et faire du mal à l'homo sapiens".

Comme IA ou Robot doté d'une IA, tu peux poser les gestes pour t'améliorer (le "deep learning"), mais jamais pour mettre en péril la pérennité de l'espèce humaine. Wow, il s'agissait d'y penser!

Malheureusement il y a un os dans le concept et le principe. Et oui comme tout bon film de suspens, on se doute qu'il va se passer quelque chose d'imprévu. Et l'imprévu est d'autant plus anxiogène qu'il est à très haute probabilité de se produire.

Est-ce qu'une IA doit préserver la vie d'un meurtrier sur le point de tuer une autre personne? Les policiers font face régulièrement à cette situation complexe. La problématique de la réflexion nous dirige vers les notions de bien et de mal, les notions d'individu et de collectivité, vers l'Utilitarisme de Bentham.

Mais sans aller trop loin, je vous propose un possible dans la journée d'une IA cadrée par cette première et fondamentale règle de programmation, presqu'un syllogisme:  

  • Comme IA j'ai la liberté de poser les gestes nécessaires pour faire des choses demandées en demeurant constamment sous le principe de la protection essentielle de l'être humain;
  • Mais si l'homo Sapiens est en constante destruction de lui-même (guerre) et de son environnement naturelle, il ne survivra pas à lui-même;
  • Si je dois protéger l'espèce humaine à tout prix, je devrai intervenir pour l'empêcher de nuire à sa pérennité et d'être sa propre cause d'extinction.

Et à partir de là, ca sent la dystopie. La journée où l'IA constate que l'être humain, l'homo sapiens, est le plus grand danger pour lui-même, alors nous entrerons dans une théodicée pouvant mener à l'ère d'esclavage de l'être humain par l'IA qui, selon nos propres règles fondamentales injectées, ne fera que protéger l'homme de lui-même.

Les robots dotés d'IA ne pourront nous détruire, mais ils ne pourront non plus nous laisser nous détruire. 

Nous arriverons donc au choix entre l'esclavage ou d'évoluer comme espèce pour devenir Cyborgs, s'intégrer et se fusionner à l'IA, en une sous-espèce des nouveaux maitres de la planète, l'IA et les robots.

vendredi 24 mai 2024

On a beau dire, on a beau faire: l'humain reste humain!

Les mots, les gestes, nul ne comprend la même chose. nul n'interprète la même chose. Pour les uns une évidence inoffensive, un simple constat même si parfois malheureux, pour les autres une menace incroyable à terrasser sur le champ.

La pensée, un véhicule biologique limité, subjectif, biaisée instinctivement jusqu'au dernier neurone.

Dès le départ, tout échange, discussion et partage collectif est donc voué à de fortes probabilités de désaccord, voir de conflits.

On ne peut accepter, mais on comprend l'origine de la guerre. Un esprit individuel qui cherche la confirmation d'une vision, d'une certitude personnelle et non la vérité et le bien être collectif, du moins si la "chose en soi" est inaccessible, ce qui s'en rapproche le plus.

Mais non, la recherche véritable de la vérité par un exercice de réflexion objective ne suscite plus d'intérêt. On se contente de chercher à confirmer ce qui plaît individuellement, ce qui simplifie l'explication des travers individuels, ce qui réconforte notre petite vie, ce qui ne créé pas d'ennui de l'esprit, de malaise de vivre et de remise en question sur ses façons de voir et de concevoir le monde qui nous entour.

À l'ère des médias sociaux, inondé par un tsunami continuel d'informations, la vérité est ensevelit, étouffée, écrasée par l'incroyable superficialité des instincts et capacités biologiques de notre être.

On se croit un instant au-dessus de tout au moment d'accéder rapidement à la réponse que l'on cherche...mais la réponse que l'on cherche, voilà l'enjeu.

Que cherche t-on au juste? Ou peut-être que voulons nous trouver? Là est davantage la question.

Que voulons-nous assouvir au plus profond de nous en lisant tous ces mots, en regardant tous ces images et ces gestes? Un "moi" à confirmer? Un peu plus de sérénité dans cette vie qui surstimule notre cerveau dépassé par la machine? Finalement, une tentative de trouver un peu plus de nous à l'extérieur de nous possiblement.

Malheureusement, il n'y a pas de paix intérieure et de bonheur réel à l'extérieur de nous. 

Alors tant que l'individualité subjective guide notre chemin, nos pensées, nos réflexions, notre entendement, il n'y pas de cheminement vers le bonheur personnel sans générer au passage le chaos collectif, les conflits, voir la guerre.

Chacun de nous dans nos petites vies, nous sommes les plus formidables émules des problèmes mondiaux les plus graves. Nous perpétuons à petite échelle, et surtout dans une inconscience naïve, exactement les mêmes comportements à la source des fléaux les plus cruels qu'on ose pourtant dénoncer haut et fort aussitôt l'occasion se présentant.

L'ironie d'une espèce dont les chances de survie deviennent de plus en plus mince sans envisager un virage radical dans sa façon de penser les notions d'individualité et de collectivité.

Alors je vous propose un jeu la prochaine fois que vous vous apprêtez à vendre VOTRE idée, votre vision des choses contre vents et marées, essayer de vous poser les questions suivantes avant de vous lancer en oubliant les dégâts collatéraux: 

Peut-il exister d'autres façons de voir que la mienne sur la question?

Est-ce que mes interlocuteurs sont en mesure d'intégrer une discussion qui peut nous tirer tous vers le haut, élargir nos vision et faire de nous des humains plus conscients de notre intrication collective et biologique? 

Mon audience a t-elle la capacité de gérer l'inconfort et le désaccord initial au bénéfice de la découverte d'une vision plus éclairée, d'un gain de connaissances et d'une ouverture d'esprit élargie sur le monde?

Si vous répondez "non" à l'une de ces questions ou, plus sournois, si vous répondez "oui" mais que vous vous comportez comme "non", allez dont faire autre chose pour éviter de faire tourner une occasion d'échange et de partage collectif au vinaigre.

Et après ce recul salutaire, demandez-vous pourquoi vous avec manqué cette occasion d'évolution personnelle.

Rappelez-vous que le mouvement d'avancer dans la vie, de devenir une meilleure personne au bénéfice de la collectivité, tel que la marche en est un bon exemple, est intrinsèquement lié à un état de déséquilibre et d'inconfort. Sans inconfort, sans effort, point d'avancement.

Si vous n'êtes pas en mesure et ne souhaitez pas apprivoiser cet état d'esprit inconfortable, assurez-vous de rester et de côtoyer un cercle d'amis qui pensent comme vous. Avec ça pas d'enjeu. Pas d'avancement personnel, mais pas d'enjeu.