Le titre est entre guillemets n'est pas un hasard. Ce n'est pas une tentative de plagiat, mais une marque d'admiration que je porte à ces grands penseurs, en l'occurrence ici à Arthur Schopenhauer, auteur est-il de l'œuvre philosophique en question.
J'ai toujours plaisir à revisiter et tenter mon analyse de ces grands questionnements philosophiques sous l'angle de notre société actuelle
« Le monde comme volonté et représentation », une phrase puissante et combien pertinente avec tout ce qui se passe du côté de notre voisin du sud, l'Oncle Sam.
Au moment de "Vouloir" (hum...je suis pris au piège) me lancer dans un nouveau billet suite à la production de mes deux dernières pièces musicales ((De l'autre côté du jour et Jaroder), aux antipodes il faut le dire, je n'arrivais pas à me décider sur deux titres de billets triturés et en forme de contradiction:
La vie est merveilleuse parce qu'elle est futile;
ou
La vie est absurde, mais combien nécessaire.
J'ai donc opté simplement pour le titre de l'œuvre du philosophe qui m'a récemment bousculé et qui soulève cette question du caractère futile et absurde de la vie sous la proposition que cette caractéristique est essentielle pour cheminer vers le bonheur. (Ouin, pas sûr que je viens de gagner des "Followers" avec cette proposition!)
Si vous êtes de ceux qui ont effleurés que les dessus du philosophe, je comprends que vous vous dites: "Avec Schopenhauer, on ne prévoyait pas être dans la joie et l'allégresse". Mais vous allez peut-être être surpris à la fin votre lecture.
N'empêche qu'on le veuille ou pas, avec ce qui se passe au pays de l'Oncle Sam, on ne peut pas dire qu'on vit aujourd'hui dans une bulle d'extase, de positivisme, de cohérence et d'intelligence. Il y a donc là matière à exploration si vous êtes pris avec la même malencontreuse manie que moi, soit d'essayer de comprendre ce qui se cache derrière l'absurdité.
Nous voilà face à une inquiétante démonstration du danger de l'humain pour l'humain. Une perte de contrôle de la conscience humaine, et le mot "conscience" est à propos ici dans le contexte de Schopenhauer. Et pour en remettre, le tout avec une absence complète d'interventions minimales collectives de recadrement de cette dérive totale de société. Comme si le patient ne répondait plus, le "blackout" psychologique le plus complet. Plus de signal, il ne fait que subir.
La démonstration est désarmante: "Homo homini lupus est", l'homme est un loup pour l'homme, l'homme est son propre ennemi. Et pourtant ce même homme est tellement capable de merveilleuses choses.
Faut-il être surpris de la dérive? Pas vraiment.
L'éclairage de Schopenhauer sur la question est fascinant et prendre ses lorgnettes pour trouver quelques bribes d'explications s'avère fort utile. Tout est dans ces deux mots simples "Volonté" et "Représentation", inoffensifs à première vue, mais avec un poids de sens qui déplacera votre centre de gravité intellectuel pour certains d'entre vous.
D'abord, convertissons "Volonté" pour "Vouloir", car c'est le sens profond que le philosophe cible et c'est également le sens qui permet de mieux s'accoler à la réalité actuelle de notre société. Le Vouloir, c'est le monde de pulsion brute et inexpliquée. La force vitale qui s'exprime dans tout: les plantes, les animaux, dans la force de gravité, dans tout ce qui habite et constitue la vie.
Pour "Représentation", entendez simplement la notion "d'Intellect", notre esprit cartésien et analytique. Ce qui structure les idées et explique les choses. La pensée scientifique en est probablement l'exemple le plus achevé.
Dans cette perspective de tension naturelle entre le Vouloir et l'Intellect, la proposition et regard de Schopenhauer sur l'évolution de l'homme, c'est que l'Intellect n'est rien par rapport au Vouloir comme moteur premier du comportement de l'homme. L'Intellect est petit et limité fasse à l'immensité de la vie, du Vouloir.
L'Intellect c'est la pointe du Iceberg par rapport au Vouloir qui compose sa masse sous l'eau. L'intellect n'est que l'outil utilisé par l'Homo Sapiens pour construire des Représentations, des Représentations de la vie qui l'entour, dans laquelle il trempe tous les jours. Pour forger des explications pour se conforter un peu chaque jour.
Bref, l'homme est massivement et d'abord un "Vouloir" coiffé d'un minuscule "Intellect".
Dans cette vision d'abord de pulsion avant d'être penseur, on peut arriver à mieux comprendre ses comportements erratiques et illogiques. Pour bien mesurer mes mots et m'inscrire dans ce que je dis, on peut arriver à se faire une Représentation du comportement de l'homme qui nous est confortable en tant qu'explicable par notre Intellect (le chien se mord la queue ici!), mais cette Représentation est non nécessairement justifiable.
Voilà le nouvel univers philosophique déroutant que Schopenhauer a ouvert son époque et qu'il a transmis à une liste impressionnante de grands personnages qui ont marqué l'évolution de l'homme et ce, dans tous les domaines: les philosophes Nietzsches et Marx qui l'ont suivi, et sans surprise Sartre en pensant à sa "Nausée", le compositeur Wagner, l'écrivain Tolstoï, la liste est longue et, non le moindre, Freud qui en a fait finalement une version scientifique sous la forme de la science de la "Psychologie".
Et voilà le pont: Freud et l'inconscient. Le Vouloir de Schopenhauer, c'est la pulsion inconsciente de l'homme, la matière première de la science de Freud. C'est la dynamique des cerveaux reptilien et limbique de la théorie du cerveau triunique. C'est la dissonance cognitive et le biais de confirmation, c'est le phénomène de Dunning-Kruger et voilà peu à peu, on y arrive à notre Oncle Sam.
Notre Oncle Sam qui est l'expression la plus évidente jamais observée de la pulsion brute du pouvoir, de la Volonté de domination au-delà de la logique, au-delà des lois comme règles sociales établis entre humains, au-delà même de la dignité humaine.
Bien qu'il en soit un exemple pitoyable, notre Oncle Sam est en même temps une fantastique preuve expérimentale que Schopenhauer a vu juste au fait que l'homme n'est que pulsion et représente un grand péril potentiel pour l'homme. Et ce, parce que son Intellect limité est rarement en mesure de maitriser et de canaliser la force brute de son Vouloir dans la bonne direction.
Comme il est extrêmement difficile pour l'Homo Sapiens de contrôler et de recadrer constamment des pulsions brutes qui s'expriment sans crier gare, Schopenhauer propose de se libérer de l'expression de ses pulsions, de se libérer des désirs, des remords et de ce fameux ego pour cheminer vers la sérénité.
Attention, être serein et en paix avec soi-même ne veut pas dire être inactif et non investi dans le changement des choses, de la société. Bien au contraire. Il s'agit de se placer au-dessus de la mêlée pour mieux gérer le jeu, éviter les écueils, descendre la rivière en évitant les roches et les bûches. Pour modifier le jeu en jouant le jeu sans devenir le jeu. Bref, pour atteindre le bien être collectif de l'espèce et non celui d'un ego limité.
Je mentionnais au départ que Schopenhauer était probablement à tord associé trop souvent à une pensée "pessimiste". En fait, lorsqu'Arthur s'activait à mettre le Vouloir et l'absurdité de la vie au premier plan, c'est finalement dans une recherche de stratégie pour s'en extirper et ses enseignements pour atteindre la béatitude et la sérénité peuvent être tout aussi puissants, et positifs, que ses explications claires de la raison d'être des comportements potentiellement destructeur de l'homme.
En suivant sa ligne de pensée, c'est le Vouloir qui pousse constamment l'intellect à donner du sens, à expliquer, à tenter de donner du sens finalement à ce qui en n'a pas, donner du sens trop souvent à de l'absurdité.
C'est l'adversité de la vie et sa fin, dans la mort, qui la rend combien futile et absurde. C'est la mort, l'incontournable fatidique qui nous attends tous (pour le moment en attendant de se télécharger notre conscience sur un serveur quantique) qui hante l'esprit et l'intellect de l'Homo Sapiens. C'est la pensée de la mort qui nourri malheureusement les pulsions du Vouloir, mais c'est aussi la mort qui peut être moteur de sa libération. "Philosopher c'est apprendre à mourir" disait Montaigne.
Comme le sujet est très sensible, il ne faudrait pas qu'il y ait de mauvaises interprétations de la mort comme pivot de la libération ou de la connaissance. La mort provoquée est en profonde contradiction avec la pensée philosophique développée ici. Comme le disais Spinoza : "Quand on meurt trop tôt, on meurt beaucoup". C'est la sagesse d'une longue vie bien vécue qui nous permet de cheminer positivement et serein vers le passage ultime.
Toutefois les questions demeurent: Pourquoi existe-t-elle, la mort? À quoi sert-elle? Des questions épuisantes pour un pauvre Intellect limité. Pour plusieurs, sans explication suffisante, il ne reste plus qu'à s'abandonner au Vouloir, aux pulsions et à choisir son biais de confirmation préféré:
- On devient religieux et on souffre aujourd'hui pour jouir plus tard de la vie éternelle!
- On devient mercantile et profiteur, car il n'y pas de lendemain et que la vie est futile. Pensons à Machiavel : la fin justifie les moyens. Pourquoi se limiter?
- On devient scientifique pour expliquer les choses. Vouloir transcender la mort peut-être, le but ultime? Bref, pour réduire notre douleur à ne pas pouvoir donner et trouver un sens à notre vie éphémère.
Avec un peu de recul, on peut donc assez facilement voir et palper la tendance à l'explosivité qui nous guette tous les jours. D'un côté, des fanatismes religieux, de l'autre des fanatismes économiques, dans les deux cas une course au pouvoir, une course à une plus grande manifestation de l'ego possible. Seule le motif diffère.
Pour ceux qui chercherais quelques alternatives pour vivre heureux ici et maintenant, Schopenhauer propose une piste de travail qui mérite qu'on s'y attarde: Se détacher de la nécessité de donner du sens, se détacher de la pulsion d'un ego limité à Vouloir tout dominer et tout expliquer au nom de sa perpétuité.
Au passage, notez le corolaire important de la pensée de Schopenhauer ? Pour lui la religion et la science ne sont donc que la même expression d'un intellect limité et désemparé. Un intellect qui sans réponse, doit en trouver absolument une pour éviter de sombrer dans la folie. "L'absence de sens génère le sens".
La vie éternelle n'est qu'une Représentation nécessaire de l'ego de l'homme, une illusion réconfortante mais très narcissique.
Et de leur côté, aussi belles, intéressantes et utiles que soient les explications scientifiques sur tous les phénomènes d'intérêt, la science navigue constamment en eau trouble et dans les sables mouvant. La science n'arrive jamais à trouver le fond. Un effet est le résultat d'une cause qui est elle même le résultat d'une autre cause et ainsi de suite jusqu'à la cause première, elle...n'aurait pas de cause? Le principe de causalité en prend pour son rhume. La problématique est connue des philosophes depuis fort longtemps.
Finalement, l'homme est comme le pléonasme d'un ego narcissique d'une expression de la vie qui a mal tournée: Je suis tellement important moi "Homo Sapiens" que moi "individu" je ne peut pas vivre et mourir pour rien. Donc il y a une raison et je vais en trouver une.
Si l'individu meurt, l'espèce et la vie ne meurt pas. C'est donc dans le détachement de son ego, de l'individualité, et dans notre intrication avec la collectivité qu'il faut trouver la piste de travail vers le bonheur, pour extraire le mal-être de notre vie. Ce n'est donc pas un hasard si Schopenhauer s'est progressivement rapproché du bouddhisme centré sur le détachement des Représentations matérielles et des pulsions comme les désirs.
Schopenhauer a donc porté une attention particulière et travaillé concrètement à la question du bonheur. Par exemple, dans son œuvre "L'art d'être heureux: à travers cinquante règles de vie.".
Le projet est donc de libérer nos énergies des aspects futiles de la vie pour centrer, dédier et diriger cette énergie pour s'inscrire dans le grand courant de la vie, la grande rivière qui coule et qui n'arrêtera pas de couler, qu'il y ait ou non extinction de la race humaine.
Pour reprendre une superbe citation qui, s'il n'en est pas l'auteur, est certainement dans l'esprit du grand philosophe Spinoza : "Le présent, débarrassé des regrets et des remords du passé, et des espoirs et des désirs du futur, se confond avec un moment d'éternité."
Je vous souhaites donc à tous de vivre des successions de moments d'éternité à répétition dans un avenir rapproché.